Publiziert am: 06.09.2019

Elections fédérales: qu’attendent les PME pour Genève?

Le canton de Genève a le privilège d’être le seul en Suisse romande à contribuer à la péréquation financière fédérale. Pourtant, il est régulièrement raillé par les représentants d’autres cantons qui oublient un peu vite qu’une partie non négligeable de leur budget provient de la solidarité confédérale et de la prospérité des PME genevoises. Certes, Genève vit une période difficile avec les affaires secouant son gouvernement et les élus du Conseil administratif de la Ville. Mais des problèmes, il y en a un peu partout.

La législature à venir doit permettre d’améliorer la compétitivité économique et fiscale du canton, ainsi que son attractivité diplomatique, en particulier lorsqu’il s’agira du retour des subsides fédéraux en direction du bout du lac. Une récente étude a montré que le solde entre contributions genevoises et versements fédéraux était négatif (4565 francs par habitant en faveur de la Confédération). Cela suppose une coordination étroite entre les élus fédéraux et l’administration cantonale, laquelle n’a pas toujours existé. La lame du rasoir fédéral est passée très près de la gorge genevoise pour tous les projets d’infrastructures routières et ferroviaires liés aux projets d’agglomération. C’est le genre d’erreur à ne pas répéter tant les infrastructures sont importantes pour que l’économie fonctionne. L’aéroport en fait aussi partie et l’on ne peut pas faire de demi-mesures pour des questions d’idéologie.

Les élus fédéraux sont les représentants d’un canton, ce qui veut dire qu’ils devraient refléter sa composition politique. Ce n’est pas le cas au Conseil des Etats, sans faire injure d’ailleurs aux sortants. L’alternance est dès lors souhaitable pour éviter les messages contradictoires ou l’animosité envers les PME. Durant la législature écoulée, deux objectifs importants pour les entreprises ont été atteints, malgré le manque d’homogénéité des positions des élus fédéraux. D’abord, une mise en pratique souple de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Ensuite, l’adoption de la réforme de la fiscalité des entreprises, après un premier rejet fédéral, ce qui a permis de préserver 60 000 emplois qui auraient été mis en danger en cas de refus. L’économie genevoise aura également besoin du maintien de l’ouverture contrôlée du marché du travail menacée par l’initiative «Contre la libre-circulation».

Les mesures d’accompagnement existantes sont plus efficaces et plus souples que la bureaucratie et l’arbitraire des quotas. Elles tiennent compte des sensibilités du marché du travail local. Elles peuvent être améliorées, tant en termes de couverture que d’efficacité technique, notamment par le recours accru à la technologie numérique. Le système de contrôle existant est une composante du dialogue social fort de notre pays, lequel est régulièrement cité comme un atout de notre compétitivité.

A un horizon en l’état difficile à discerner, la question de l’accord-cadre devra être tranchée. Les membres de la FER Genève ont été interrogés à son sujet et se sont déclarés à 75% en faveur du principe d’un accord institutionnel avec l’Union européenne. Ces PME ne voient pas dans l’accord une quelconque soumission, mais le résultat d’une négociation entre partenaires qui ont chacun fait des concessions. Pour elles, la poursuite et le renforcement de la voie bilatérale est essentielle.

Les élus devront veiller à ne pas faire de l’aménagement du territoire un outil centralisé de planification économique. Il serait contraire tant à l’esprit libéral consacré par notre Constitution qu’à l’essence du fédéralisme, même si le débat climatique influera sur la question. Cette question sera certainement l’une de plus sensibles de la législature. Il reste qu’elle doit être abordée en continuant à croire en nos capacités technologiques à préserver l’environnement – nombre de PME du canton y contribuent – et en exigeant des autres ce que nous exigerons de nous-mêmes.

Enfin, les élus se rappelleront qu’un système de formation de qualité, mariant académie et expérience professionnelle, permet à la Suisse de continuer à avoir une économie prospère dans un monde toujours plus global et plus compétitif. L’effort ne devra surtout pas être relâché dans ce domaine pour lequel les PME jouent le rôle de véritable colonne vertébrale de la formation en Suisse.

* Directeur général de la Fédération des entreprises romandes Genève (FER Genève) et secrétaire général

blaise.matthey@fer-dg.ch