Publié le: 9 février 2018

«Forger le fer quand il est chaud!»

ruedi lustenberger – L’ancien président du Conseil national (PDC/LU) estime que la participation active de la SSR au vote pose problème d’un point de vue politique. Selon lui, la peur et la nervosité véhiculées par la SSR et ses équipes ne sont pas crédibles.

Pendant mes seize années passées au Conseil national, j’ai toujours été traité correctement par les journalistes de la SSR et j’ai eu l’occasion de m’exprimer correctement. En tant que consommateur, par contre, je fais partie de la population suisse qui a tendance à considérer que la SSR est tendanciellement liée à la gauche.

D’une manière générale, de nombreuses personnes qui ne se situent pas dans le camp politique de gauche en Suisse, sont depuis longtemps 
gênées par l’attitude plutôt gauchiste de la SSR.

«La SSR surjoue 
la nervosité, avec 
une tendance au pleurnichage.»

Une étude récente de la Haute école spécialisée zurichoise a montré que près de trois quarts des journalistes de la SSR ont le cœur à gauche. Aujourd’hui, cela s’exprime même dans le rapport sur l’initiative «No Billag». Une analyse de l’Institut de recherche «Öffentlichkeit und Gesellschaft», de l’Université de Zurich, est citée dans l’édition alémanique de «20 Minutes» du 23 décembre 2017: «La SSR publie des rapports particulièrement négatifs sur les initiatives qui remettent en question sa propre existence.»

SSR: à la fois arbitre et joueur

La participation active de la SSR au vote est problématique d’un point de vue politique. En principe, chaque citoyen est libre de s’exprimer librement, et cela vaut naturellement aussi pour les collaborateurs de la SSR. En tant qu’institution, la SSR devrait toutefois s’en tenir au rôle d’arbitre neutre – qu’il s’agisse d’élections ou de votations. Dans le cas de «No Billag», la SSR s’autoproclame aussi partie prenante. Or jouer à la fois le rôle d’arbitre et de joueurs, ce n’est pas possible, que l’on parle d’un match de football ou de démocratie directe au plan fédéral.

D’où la question suivante, légitime: pourquoi le Conseil fédéral et la Commission fédérale de la communication (ComCom) ne font-ils rien cette situation? En tout état de cause, il est souhaitable qu’un comité indépendant analyse le comportement de la SSR après le vote.

La SSR et son microcosme surjouent la nervosité, avec une tendance au pleurnichage. Pour couronner le tout, les personnes et organisations qui 
ont tendance à s’impliquer à gauche, craignent une surabondance de reportages bienveillants, que l’on peut presque qualifier de publicité gratuite.

A cet égard, il est presque émouvant de voir comment la SSR et ses amis parviennent à convaincre 34 petites entreprises de radio et de télévision – qui reçoivent au total 60 millions de francs suisses, soit 5% de la redevance – de voter et de défendre les 95% restants, soit 1200 millions de francs suisses, au profit de la SSR. Les tout petits acteurs, qui n’ont reçu jusqu’ici qu’un sourire suffisant pendant des années, doivent maintenant sortir les marrons du feu pour nourrir la toute-puissante SSR.

Il est intéressant de constater que les autorités fédérales compétentes se sont désintéressées ces dernières années d’une discussion de fond sur la SSR. Maintenant, ce débat leur est imposé par les électeurs. Un bel exemple de ce que peut accomplir la démocratie directe au plan fédéral. A l’ordre du jour, les salaires élevés, les coûts de production exorbitants, et l’orientation politique de gauche de la SSR. Ce que la classe politique n’est pas parvenu à réaliser se joue désormais dans le débat au sein de la population. Or à ce jeu, la SSR rencontre beaucoup moins de succès qu’elle n’en imaginait depuis des années. Pour les voix critiques, c’est une belle occasion de se faire (enfin) entendre. Fidèle au vieux proverbe romain: «Il faut forger le fer pendant qu’il est chaud.»

«Les petits acteurs sortent les marrons du feu pour la SSR.»

La gauche à elle seule ne peut pas gagner le vote. Elle bénéficie d’un excellent traitement par la SSR – comme lorsque chaque gadget lancé par la présidente des Jeunes Socialistes est porté aux nues par la SSR! En fin de compte, ce sont toutefois les forces conservatrices et libérales qui, seules et en raison de réserves politiques quant au contenu final de l’initiative, pourraient éviter un vote en faveur de la SSR.

Depuis quelques semaines, les journalistes politiques se sont montrés remarquablement dociles, afin de ne pas contrarier plus encore de citoyens et de consommateurs. Cependant, il est à craindre qu’après le vote, ces plumes ne continuent de laisser transparaître dans leurs contributions cette sensibilité de gauche. Et cela sans être dérangées.

Si l’initiative devait être adoptée – et je ne pense pas que tel sera le cas –, la réduction des recettes pour la SSR serait importante. Pour la Confédération, en revanche, il serait possible de ramener la politique radiophonique et télévisuelle de l’État au 
niveau d’une information de base nécessaire dans un pays à quatre langues: à savoir un bilan politique, culturel et social équilibré, centré sur les informations fournies par l’État. Pour ce faire, il n’est pas nécessaire de prélever 1200 millions de francs par an de redevances, ni d’employer 6000 collaborateurs.

Le vote du 4 mars, un tournant

Quel que soit le résultat du vote, la SSR ne sera plus la même. Elle a changé depuis l’époque de Weck, lorsque ces gens siégeaient dans une tour dorée et enseignaient aux Suisses comment voter à gauche. Je fais confiance au nouveau président et surtout au nouveau directeur général de la SSR pour reprendre à leur compte les signaux clairs 
exprimés durant cette campagne! Et concentrer les forces de la SSR là où elles doivent être mises: la faire sortir du cadre gauchiste où elle 
se trouve, pour la replacer dans un espace politiquement neutre.

«Merci aux initiants qui ont enfin ouvert la discussion 
sur la SSR!»

Dans la discussion en cours, j’entends beaucoup de politiciens utiliser l’argument: «Non, mais…» Si toutes ces réserves exprimées verbalement sont mises en pratique, la SSR deviendra un jour plus petite, moins chère et plus neutre. Nous tenons à remercier les initiants aujourd’hui. Pour l’instant, ils ont rendu possible l’entame de cette discussion tant attendue sur la SSR. Et la réduction de la redevance de 451 à 365 francs n’aurait probablement pas eu lieu sans cette initiative.

* Cette contribution est parue dans la «Basler Zeitung» du 18 janvier.

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