Publiziert am: 09.08.2019

L’atout suisse en Slovénie

marchés – Cela passe presque inaperçu au milieu des montagnes de chiffres: la Suisse est seconde sur le marché slovène en termes d’investissements privés. Le pays connaît l’une des plus fortes croissances de l’UE.

Deux pays alpins qui se croisent et se recroisent. Les analogies, cousinages et airs de famille ne manquent pas entre la Slovénie et la Suisse.

A cet égard, un phénomène attire l’attention des exportateurs à la recherche de bons marchés: la Suisse se trouve être le deuxième investisseur privé en Slovénie après l’Autriche. Avec d’importants projets pour les années à venir, observent sur place les spécialistes de nos services diplomatiques.

«Notre balance commerciale reste excédentaire: le volume du commerce bilatéral augmente (+11,7%) et frise le milliard de francs, ce qui laisse toutefois, vu les conditions-cadre, un potentiel exploitable.»

Dans le domaine de la formation, on y assiste à la réintroduction de l’apprentissage dual. Une mesure salutaire qui est saluée et soutenue «autant que faire se peut» par l’Ambassade de Suisse et ses partenaires autrichiens et allemands (Ambassades et chambres de commerce). L’UE elle-même, via ses fonds sociaux a rejoint le mouvement sous la forme d’une injection de 2,7 millions d’euros, s’ajoutant aux 4,8 millions investis par l’Etat slovène, dans l’actuelle phase pilote.

Il est frappant de constater que la croissance économique en Slovénie est l’une des plus importantes dans l’UE. Sortie de crise, l’économie se renforce: le PIB s’affiche en hausse de 4,9% en 2017, en net contraste avec le +2% en moyenne dans la zone euro. Et avec de belles perspectives à la clé.

Les exportations ont crû de 13,1% par rapport à 2016 (28,2 milliards d’euros), les importations dans la même mesure (+14,2%; 27,5 milliards) avec une balance restant excédentaire (lire l’encadré). Les autres indicateurs sont favorables: augmentation des investissements comme de la consommation privée, baisse du déficit budgétaire et surtout du chômage (-26,5%, avec un taux de 5,8%, le plus bas depuis 2009, et un nombre significatif de nouveaux actifs sur le marché du travail).

Tout de même, il y a bien quelques nuages à l’horizon: le vieillissement affecte plus qu’ailleurs dans l’UE une population slovène qui compte 2 millions d’habitants). Le taux de chômage reste tout de même assez élevé chez les 55-64 ans. A cela s’ajoutent divers problèmes structurels à résoudre: les charges salariales restent élevées pour les cadres et la bureaucratie; un sujet dont se plaignent certains entrepreneurs. Dans l’ensemble enfin, si la croissance est forte, la productivité reste moyenne, voire médiocre. Comme en Suisse du reste! Dernière épine, une dette publique qui s’élève à 76,6% du PIB. Et un secteur bancaire visiblement difficile à privatiser.

Du point de vue de l’image, la Suisse y apparaît comme un pays stable et digne de confiance. L’intérêt pour nos entreprises en tant que partenaire dans le commerce est manifeste. Les relations entre la Suisse et la Slovénie continuent à s’intensifier (lire la colonne à droite) avec de nouveaux investisse­ments en 2017 (Novartis, Sumitomo-Lonstroff).

Le petit nombre de litiges et les plaintes ou critiques d’investisseurs et d’entrepreneurs à l’encontre de l’administration ou des autorités ne paraissent en rien liés à la natio­nalité suisse de l’acteur concerné. En Slovénie, pour certains services (télécommunications, transferts bancaires). Les frais vers la Suisse demeurent sensiblement plus élevés que vers des pays de l’UE.

Les exportations de la Slovénie sont en majorité des véhicules et machines électriques, les véhicules étant aussi au premier rang en tant que produits d’importation, suivi par les dérivés pétroliers.

JAM/réd

commerce extérieur

Selon l’Administration fédérale des douanes, le commerce entre la Suisse et la Slovénie a généré l’augmentation la plus importante depuis 2014 (alors, 986 millions de francs) pour atteindre le montant de 958 millions en 2017 (+11,7% par rapport à 2016). Avec un solde commercial excédentaire de 100 millions (par rapport à 78 millions en 2016). Nos importations de Slovénie se montent à 431 millions (-2,1% par rapport à 2016), produits chimiques et pharmaceutiques (23,1%), suivis des métaux (18,2%), machines et véhicules. Selon la Banque de Slovénie, la Suisse acquiert 1,7% du volume des exportations slovènes (comme en 2016) et se positionne au 14e rang (en 2016: 16e ).

Nos exportations ont connu une hausse importante en 2017 en atteignant 527 millions (+26,4% par rapport à 2016), chiffre le plus élevé depuis 1992 – indépendance de la Slovénie. Cela inclut les produits chimiques et pharmaceutiques (63,2%), les machines (15,3%), ainsi que les instruments de précision, métaux et plastique.

Selon la Banque de Slovénie, la Suisse absorbe 1,7% du volume des importations slovènes marquant une hausse (1,3% en 2016) la situant ainsi au 15e rang (16e en 2016).

En 2017, seul Stadler (via sa filiale Stadler Polska) a soumissionné pour l’acquisition, par les Chemins de fers slovènes, de 25 trains pour voyageurs, pour 169 millions d’euros. Les Chemins de fer slovènes projettent d’acquérir encore 26 trains de la compagnie Stadler jusqu’en automne 2019, le gouvernement ayant réservé 165 millions d’euros pour l’achat de nouveaux trains de passagers dans la période 2019-2023.

COMMENTAIRE, par Henrique schneider

Pas évident! La Slovénie est un petit pays de deux millions d’habitants dont le passé yougoslave marque toujours la population et l’économie. La technologie manque, les économies d’échelles aussi. Malgré cela, la Slovénie est prospère. Cela tient à trois facteurs.

1. Stabilité politique et institutionnelle: après l’expérience du 20e siècle, la Slovénie a compris toute l’importance de la stabilité des lois et de la démocratie. Même si les partis au gouvernement alternent, les mode de prises de décisions ne changent pas. L’Etat est relativement indépendant de la politique.

2. Diplomatie utilitariste qui poursuit des intérêts nationaux: du fait des circonstances historiques, la Slovénie a saisi très rapidement la possibilité de devenir membre de l’UE et de la zone Euro. Le but, bien sûr, n’était pas de mener à sa perte le nouveau pays dans le tonneau percé européen, mais de faire passer d’abord les intérêts financiers et économiques. Et d’accéder à un très grand marché! La diplomatie slovène est une grande chasseuse-cueilleuse de fonds européens. Compliments!

3. La productivité s’accélère: avec un programme de réduction des tâches de l’Etat, de privatisation, de réduction des impôts et de la dette publique, la Slovénie a accéléré la croissance de la productivité de son secteur privée. La qualité des produits et services s’est améliorée et l’économie est devenue plus compétitive.

En conclusion, la Slovénie démontre que la taille d’un pays n’est pas un critère déterminant. Le succès et la prospérité sont les fruits récoltés par les politiques libérales et utilitaristes.