Publié le: 7 février 2020

l’édito

Le nœud du problème des Verts de gauche

En cette semaine qui précède le vote sur l’initiative logement, le débat est presque inexistant. On peut supposer que les rangs des courageux qui affronteront les frimas pour aller voter seront dégarnis. Les chiffres du sondage montrent en effet que le nombre de personnes qui acceptent le texte tend à diminuer.

Mais ne vendons pas trop vite la peau de l’ours du logement! Car avec un faible taux de participation, quelques voix peuvent faire la différence. Que ceux qui n’ont pas encore voté se rendent donc aux urnes! Cette initiative des Verts de gauche doit être renvoyée à son expéditeur.

A première vue, l’idée semblait sympathique. Nous voulons tous disposer de logements plus grands et abordables. Ces derniers devraient être lumineux, proches du centre ville et, pourquoi pas, accessibles aux familles à faibles revenus.

La recette de l’initiative? Davantage d’utilité publique! Les Verts de gauche estiment que l’utilité publique, c’est ce que tout le monde a en tête. C’est bien gentil, mais cela ne correspond pas à la réalité: les coopératives de construction ne produisent leurs biens – des logements bon marché – que pour leurs membres. Il n’y a pas de bien commun dans cette idée, juste la défense des intérêts des membres de cette coopérative.

Or c’est là que le bât blesse – car seul un tiers des membres des coopératives en Suisse disposent d’un faible revenu. La confusion de la part de ceux qui défendent ce projet et qui le plus souvent sont à l’abri du besoin est la suivante: qu’un appartement soit rendu avantageux ne veut pas dire qu’il soit avantageux.

Ainsi certaines coopératives sont-elles de véritables habitats de luxe. Et qui sont leurs locataires? Une clientèle triée sur le volet, dotée d’un niveau d’éducation élevé et de revenus élevés eux aussi. En bref, pour ces locataires, la mixité sociale n’est pas souhaitable!

Que veulent nous imposer l’initiative et son quota? Une forme de logement meilleur marché. Mais sans cette clientèle qui, étant dans le besoin, constitue une clientèle précisément normale­ment soutenue et valorisée par la gauche.

A y regarder de plus près, il y a un autre problème important au cœur de ce projet. Le PS et les Verts sont heureux de favoriser la protection du climat. Pendant longtemps, le parc immobilier a été le plus grand émetteur de CO2 en Suisse. Et c’est sans compter que depuis les années 2000, la situation a changé: en effet, grâce aux investissements importants concédés par les propriétaires en faveur de la protection du climat, il est souvent devenu judicieux de s’attaquer à plusieurs rénovations en même temps, en plus de celles qui favorisent les économies d’énergies.

Et très naturellement suite à ces travaux, les loyers augmentent. Mais l’initiative exige désormais que les loyers n’augmentent pas dans le cas de rénovations soutenues par des subventions. A notre avis, il y a là une erreur de raisonne­ment manifeste. Si des subventions sont accordées pour des rénovations permettant d’économiser l’énergie, les loyers augmenteront moins fortement qu’ils ne le feraient sans cette aide. Les locataires bénéficient donc directement de ces fonds.

Si, à l’avenir, les subventions ne peuvent plus du tout être répercutées, l’incitation à investir dans la protection du climat sera considérablement réduite. Est-ce dans l’intérêt des partisans de cette initiative? Ou bien les propriétaires répercutent un montant beaucoup plus élevé sur les loyers. Et cela conduirait à des logements encore moins abordables.

Le nœud du problème n’en finit pas de se resserrer. En fait, les défenseurs de cette initiative, ces Verts de gauche, devraient se réjouir lorsque le peuple rendra le seul verdict correct ce dimanche dans les urnes: un NON clair et net!

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