Publiziert am: 08.11.2019

Le Swiss Smart Diagnostics sur orbite

fribourg – A la tête du Swiss Integrative Center for Human Health, Jean-Marc Brunner présente la nouvelle entité qui permettra de travailler avec les entreprises du secteur du diagnostic. Son idée est d’obtenir la reconnaissance de centre de compétences d’importance national.

Le Swiss Integrative Center for Human Health (SICHH) a eu un rejeton. Il s’agit du Swiss Smart Diagnostics (SSD) – la division industrielle du centre de compétences basé sur le site de la BlueFACTORY à Fribourg. Cette nouvelle structure a été présentée début octobre à l’occasion de la journée annuelle dédiée aux entreprises, le «Integrative Human Health Day».

«Le SSD joue déjà le rôle de plate-forme pour quatorze entreprises du secteur du diagnostic», nous explique Jean-Marc Brunner. Le CEO du SICHH espère que le SSD sera reconnu comme centre de compétences national. En bref, le Tessinois vise une reconnaissance par la Confédération et son Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Interview

Journal des arts et métiers: Le Swiss Smart Diagnostics aura-t-il ses propres locaux?

Jean-Marc Brunner: Il ne s’agit pas d’un nouveau bâtiment sur le site de la BlueFactory, mais d’une division industrielle à l’intérieur du SICHH permettant aux acteurs du diagnostic d’accéder à notre centre de compétences, aux équipements et aux spécialistes avec lesquels ils pourront lancer des projets de recherche et développement dans le domaine du diagnostic.

Pourquoi le diagnostic?

Le SICHH a mené une grande réflexion sur ses atouts. Il se trouve que nos compétences, nos instruments et nos chercheurs, tant en pharma, qu’en biotech et en foodtech, recoupent les mêmes technologies que celles qui sont nécessaires pour les recherches sur le diagnostic et, que recombinées différemment, elles permettent de répondre aux attentes de nos clients dans ces secteurs très variés. Nous avons réalisé que nous étions compétents sur les tests in vitro, les tests biomoléculaires et les tests point of care (tests de laboratoire réalisés au contact du patient, n. d. l. r. ). Partant, que le diagnostic était notre force.

Pourquoi un centre de recherche de plus?

SSD n’est pas un centre de recherche en plus, mais une division industrielle du SICHH, focalisé sur le diagnostic. Le monde du diagnostic fleurit en Suisse et il est loin d’être cantonné à quelques grandes compagnies pharma.

Les PME du secteur trouvent difficile de faire de la R & D. Nous mettons à leur disposition des équipements d’une valeur de 6 millions et une vingtaine de spécialistes dans le domaine. Il y a un réel besoin.

A quoi correspond ce marché en Suisse?

Dès décembre 2018, nous avons débuté nos prospections. En moins de six mois, nous avons identifié et contacté une vingtaine d’entreprises actives. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces PME sont de loin pas toutes situées à Bâle, car nous les avons dénichées dans une zone géographique comprenant l’Arc lémanique, le canton de Fribourg et le plateau suisse jusqu’à Zoug. Nous avons aussi découvert que certaines parmi les très grandes pharmas ne disposaient pas de centre de recherche lié au diagnostic et donc qu’elles pourraient profiter de nos recherches. Notre cluster comprend quatorze entreprises dont quatre souhaitent réaliser des investissements en R &D  et dix autres intègrent le cluster.

«Nous avons réalisé que nousétions compétentssur les tests in vitro, les tests biomoléculaires et les tests point of care.»

Quelle est la taille de ce marché en Suisse et en Suisse romande?

Le marché du diagnostic est en forte croissance, dans le monde et en Suisse. Les 250 entreprises de la pharma ainsi que les 1400 entreprises du secteur des medtechs et les 300 sociétés de la biotech représentent des clients potentiels. Rien pour le marché des tests diagnostiques in vitro, un chiffre d’affaires mondial de 83 milliards de francs est prévu pour 2023. Pour la Suisse, il était question de 363 millions en 2015.

Quel feedback avez-vous reçu des PME et des grandes structures?

Quatorze entreprises actives dans le diagnostic en Suisse ont confirmé leur participation à notre plate-forme. Quatre d’entre elles ont même ac­cepté d’investir des moyens dans le centre pour réaliser des projets R & D.

Outsourcer sa recherche: est-ce que cela ne pose pas un problème de confidentialité?

Notre situation est très différente d’entreprises qui doivent mettre au point des prototypes visibles, comme la branche horlogère par exemple. Dans le monde moléculaire, nous pouvons garder les données et les informations absolument confidentielles.

«Pour la Suisse, ce marché s’est élevé à 363 millions de francs en 2015.»

Avez-vous déjà un retour de Berne?

Nous avons lancé cette stratégie en 2016 et contacté le SEFRI pour des discussions exploratoires. On nous a demandé si le but était de créer un centre de compétences ou un réseau? En fait, nous voulons faire les deux et c’est une partie de notre originalité. Nous avons en effet d’une part un centre avec des locaux, de l’équipement de recherche et une équipe d’une vingtaine de scientifiques de haut niveau. Et d’autre part un réseau académique. Le processus d’évaluation suit son cours. Le SEFRI nous communi­quera sa réponse fin 2020.

Quels sont les membres actuels de votre réseau académique?

Nous avons neuf partenaires: il s’agit de l’Université de Fribourg, du CSEM, de l’Université de Neuchâtel, de l’Hôpital fribourgeois, de la HES-SO Valais, de l’Eikon (école professionnelle en arts appliqués à Fribourg), du Swiss Institute of Bio­informatics à Lausanne, du CardioCentro à Lugano et d’Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole. Ce réseau académique nous pousse à aller de l’avant, car les acteurs qui l’animent ont dix ans d’avance sur les marchés, la recherche fondamentale se situant en amont des futures innovations.

Quelles sont les conditions et l’horizon temporel nécessaires pour devenir un centre de compétences national?

Cela ne pourra pas se faire avant 2021. Pour le SEFRI, les critères sont l’autonomie, la dimension non lucrative, la participation du Canton via des fonds de soutien – actuellement en examen – et l’impact national que nous devons encore démontrer. Nous espérons que la Confédération reconnaîtra l’importance stratégique de notre recherche pour toute l’industrie suisse.

«Nous souhaitons devenir un centre de compétences national.»

Et si cela ne marchait pas?

Nous continuerions à développer le SSD, car la demande parmi les PME est là et nous sommes utiles à l’industrie suisse.

Interview:

François Othenin-Girard