Posté le: vendredi 9 février 2018

Leasing, la consommation en location

LEASING DE FLOTTE – Si le terme de «leasing» reste inchangé, ses enjeux ont bien changé, en particulier dans le secteur de flotte. Voici un panorama de son évolution au cours des trente dernières années.

Avant toute chose, précisons que le marché du leasing en Suisse (contraire­ment à nos voisins européens) n’est pas transparent. La faute à qui? À la COMCO qui veut ainsi éviter les cartels entre les sociétés de leasing. Impossible donc d’articuler des chiffres précis!

Leasing et surproduction

Le leasing – crédit-bail en langage juridique – se popularise dans les années 80 pour représenter aujourd’hui près d’une vente de voiture neuve sur deux! Comme il s’agit d’un contrat de location et non d’une vente à crédit, l’apport légal requis de 30 à 35% de fonds propres n’est pas requis. Résultat, le leasing a permis à une partie de la population de se retrouver au volant d’un véhicule neuf, alors qu’elle n’en aurait pas eu les moyens autrement. Précisons égale­ment que ce mode de financement a été soutenu par l’industrie automobile, entrée en surproduction, et a même créé pour la circonstance ses propres instituts de financement…

«Rabais flotte» pour tous?

Pour les entreprises, le leasing séduit avec deux arguments différents: d’une part transformer les coûts variables (mal-aimés des comptables) en coûts fixes et, d’autre part, conserver le capital pour des investissements propres à l’activité entrepreneuriale. En gros, une entreprise n’a plus à craindre des frais imprévus sur ses véhicules et peut investir ailleurs que dans l’achat de fourgonnettes. Mais depuis les années 90, le leasing de flotte a bien évolué. A l’époque, il fallait un parc d’une douzaine de véhicules au minimum – voitures de direction comprises – pour bénéficier du fameux «rabais flotte». Et comme l’usage voulait que le rabais soit proportionnel à la taille du parc, de plus en plus d’employés ont pu profiter du fameux 
rabais pour leur voiture personnelle en l’achetant à travers l’entreprise et en évoquant un usage quelconque.

Les rabais spéciaux se sont ensuite propagés aux clubs, associations, 
fédérations et même aux «VIP», une pratique qualifiée de sponsoring par les importateurs. Dernière trouvaille, les dites voitures de locations achetées par les marques, se retrouvent comme par magie sur le marché du neuf avec un gros rabais à la clé.

Le but de toutes ces manœuvres? Booster les statistiques de vente dans une économie en surproduction pour une société de surconsommation.

Dématérialisation, délégation

Comme les entreprises cherchent à réduire encore davantage les coûts d’exploitation de leur flotte par 
une optimisation des processus, il en résulte une externalisation et simplification administrative des contrats de leasing. Concrètement, les entreprises délèguent de plus en plus la gestion de leur flotte à des sociétés spécialisées, à l’instar de La Poste.

«Les rabais spéciaux 
se sont ensuite propagés aux clubs, associations, fédérations et même aux ‹VIP›.»

Avouons que la gestion devient de plus en plus complexe, car, en plus, elle doit intégrer des objectifs d’émissions de CO2, de gestion connectée avec la protection des données qui en découle, voire même de l’internationalisation des flottes d’entreprises présentes dans différents pays. Au passage, on devine aussi que le monitoring des voitures de flotte ne permettra peut-être plus à quiconque de profiter du «rabais flotte» dans une société de plus en plus transparente…

Jean-Luc Adam