Publiziert am: 06.09.2019

Louer son toit et réduire sa facture

CONTRACTING SOLAIRE – L’entreprise Soleol à Estavayer-le-Lac propose aux PME et agriculteurs de mettre leurs surfaces à disposition dès 1000 m2 afin d’y installer une centrale solaire. Avantages: aucun investissement et une diminution assurée de la facture d’électricité.

A Estavayer-le-Lac, Jean-Louis Guillet s’est spécialisé dans le solaire. Il a créé Soleol il y a dix ans, une PME qui compte aujourd’hui 120 collaborateurs. En une décennie, 350 000 mètres carrés de panneaux solaires – soit l’équivalent de 80 terrains de football – ont été posés en Suisse et au Pérou, où Jean-Louis Guillet a noué de nombreux contacts.

Depuis peu, une autre idée s’est concrétisée – trouver de nouveaux toits pour y produire de l’énergie solaire: le contracting solaire consiste à louer des toits à des tiers pour y poser des panneaux. Soleol se charge de l’investissement, installe le tout et gère toute la partie technique. Le courant produit sur place est en partie consommé par le propriétaire des toits. Il est vendu par Soleol à un prix préférentiel par rapport au marché (par ex. 15 ct. au lieu de 21 ct.).

L’entreprise staviacoise dispose déjà sur ses propres bâtiments d’une installation qui lui permet au total de produire 15 fois plus de courant qu’elle n’en consomme. Soleol peut aussi se targuer d’avoir mis en route à Onnens (VD) la plus grande centrale solaire de tout le pays. Sur le contracting, les demandes affluent. Une silencieuse révolution durable qui ne semble en être qu’à ses débuts. Interview en plein soleil.

Journal des arts et métiers: Vous avez lancé récemment un appel aux PME romandes?

Jean-Louis Guillet: Nous leur proposons selon leurs besoins de réduire leur facture d’électricité grâce à la production d’énergie solaire photovoltaïque, sans investissement ni aucun frais à leur charge. Nous installons gratuitement une centrale photovoltaïque complète sur leurs toits, ce qui n’engendre aucun frais. Nous leur fournissons de l’énergie produite à un prix inférieur à celui de leur distributeur d’électricité. Et enfin, les PME peuvent véhiculer une image écologique.

Pourquoi est-ce le bon moment pour agir?

Le timing est propice au vu de la décision du Conseil fédéral de sortir du nucléaire ainsi que l’accroissement des coûts de l’énergie, une augmentation du prix de l’électricité ces prochaines années sera inévitable. Ainsi, en étant un acteur de la transition énergétique, vous pourrez générer d’importantes économies sur votre facture d’électricité.

Combien d’installations de contracting solaire avez-vous déjà inaugurées et quels sont vos projets dans la région?

Une quinzaine dans les cantons de Fribourg, Vaud et Neuchâtel. Parmi nos projets de contracting solaire en route figurent également le Karting de Payerne, le bâtiment Sanpac à Yverdon-les-Bains, les TPF à Estavayer-le-Lac, et le bâtiment Zumwald à Avenches. L’Etat de Fribourg s’est montré intéressé par un partenariat avec lequel nous avons réalisé cinq installations en contracting. A Givisiez, le SiTel a été le premier bâtiment équipé de 402 panneaux totalisant 657 m2 pour une puissance de 109 kW. En projet également, la HEG de Fribourg, le campus Schwarzsee/Lac Noir, une école de culture générale à Fribourg et le centre d’intervention de la police (CIG) à Granges-Paccot.

Comment travaillez-vous ce marché?

Nous avons fait des mailings et sommes actifs sur les réseaux sociaux. Nous avons lancé une nouvelle campagne en début de semaine.

Et quels sont les résultats de ce coup de sonde?

En trois jours, nous avons reçu 120 demandes de personnes intéressées et qui souhaitent une offre. Autant dire que ça mord!

Quelle est à votre avis la taille du marché?

Il est immense, car il y a tellement de toit et cela prend du temps. Et surtout, il y a encore si peu de communication à ce sujet. L’Etat de Fribourg possède à lui seul 700 bâtiments et se montre intéressé pour 120 d’entre eux. On peut multiplier ce chiffre par le nombre de cantons. A cela s’ajoutent les 40 000 fermes du pays, nous estimons qu’un quart d’entre elles seraient partantes. Et puis, il y a toutes les surfaces commerciales et industrielles du pays. Nous visons en particulier les PME et les fromageries qui sont de grands consommateurs d’électricité et disposent de belles surfaces.

Les PME et les entreprises agricoles représentent donc un marché pour le contracting?

Oui, nous avons un associé, ingénieur agronome, qui rend visite aux paysans et leur explique notre projet. Je peux vous dire sans exagérer que 100% des retours sont positifs et sont d’accords pour que nous leur fassions une offre.

Dans le détail, pouvez-vous nous expliquer comment et dans quelles proportions la facture d’électricité est diminuée?

Prenons le cas d’un agriculteur qui dispose d’une surface de 5000 m2 et qui consomme 50 000 kWh. Nous lui offrons 1 franc par mètre carré par année et pendant 25 ans, ce qui lui rapporte déjà 5000 annuellement. A cela s’ajoute la diminution de la facture d’électricité. Nous lui vendons à un meilleur prix le courant durable produit sur place. Au lieu de payer par exemple 21 centimes du kWh, il n’en payera que 15. Ce gain de 6 centimes multiplié par les 50 000 kWh lui rapporte 3000 francs de plus. Soit 8000 francs par année, donc 200 000 francs sur 25 ans.

Est-ce aussi valable pour les PME qui disposent de surfaces plus petites?

Bien sûr, prenons le cas d’une scierie qui consomme beaucoup d’électricité. Mettons que l’installation produise 120 000 kWh par année. Si l’autoconsommation s’élève à 50%, la scierie consommera 60 000 kWh. En plus de la location de la surface, elle gagnera 3000 francs sur l’électricité.

Du côté de l’offre de contracting solaire, comment le marché se structure-t-il ?

Nous sommes les seuls en Suisse romande à effectuer de la recherche de toits aussi activement. Et pour l’instant, nous nous en tenons à la Suisse romande en nous concentrant sur les cantons de Fribourg, Vaud et Neuchâtel. Du côté alémanique, il y a trois acteurs privés. Les autres sont de petits électriciens, ou des gestionnaires de réseaux qui cherchent à se diversifier, comme BKW, Alpiq racheté par Bouygues, Groupe E, etc.

Vous vous chargez du financement, quels sont vos modèles?

Nous en avons trois. Le premier consiste à passer par une société de financement comme la Banque Alternative pour 80% ce que nous complétons pour 20% par nos propres fonds. Nous travaillons avec des courtiers actifs et sensibles au secteur solaire. La seconde solution est l’autofinancement ce qui nous est possible lorsque nous vendons une installation à des investisseurs privés ou à des gestionnaires de réseaux électriques. La troisième solution consiste donc à réaliser une installation, la faire tourner et la gérer durant une année, puis de vendre le tout à un investisseur.

Les investisseurs privés sont donc partants?

Oui, bien sûr, il y a un grand enthousiasme actuellement, surtout depuis que les subventions sont à nouveau disponibles. Les investisseurs sont là et prêts à prendre des packs solaires. Ils nous disent que si nous trouvons les toits, ils sont partants. Il faut dire que les rendements sont élevés, cela peut atteindre les 10%. En revanche, il faut bien négocier les prix. Et puis il y a un facteur de temps. Un investisseur prêt à investir ne dure pas éternellement. Il faut savoir prendre la balle au bond.

Et les banques, les caisses de pensions?

Ces acteurs ne comprennent pas encore l’enjeu. Il leur faudra d’abord se désinvestir des énergies fossiles et cela peut prendre un certain temps. En revanche, le jour où ils s’y mettront, la transition énergétique prendra son envol!

Visez-vous une entrée en bourse?

Non, nous voulons rester indépendants, rapides et réactifs. Si une législation change, nous pouvons nous adapter en quelques jours. Dans un groupe ou en bourse, nous serions moins performants.

Interview: François Othenin-Girard