Publié le: 6 novembre 2020

Nouvelle génération à Boudevilliers

PORTRAIT – Chez Fivaz SA Matériaux de construction, la réorientation fon­da­mentale date d’il y a vingt ans déjà. Depuis janvier dernier, c’est Didier Fivaz qui a repris les commandes au plus fort de la crise sanitaire. Trois générations de maçons dans le Val-de-Ruz neuchâtelois.

Les tempêtes font émerger des capitaines qui savent tenir leur cap. Et dans ce Val-de-Ruz neuchâtelois qui ressemble tellement à un navire, les choses auront finalement bien tourné pour Fivaz SA et ses matériaux de construction.

«Il a fallu improviser, mais on s’en est sorti!» Lorsque Didier Fivaz reprend en janvier la direction de la PME familiale et ses six collaborateurs, il doit se dire que cette année, les affaires vont se poursuivre avec la belle vitesse de croisière acquise en 2019. Et anticiper la suite. Il nous dira au cours de cet entretien réalisé mi-octobre qu’il a quelques idées pour élargir un peu la palette des produits proposés – des matériaux de construction aux entreprises du génie civil, aux maçons, aux carreleurs aux plâtriers et même aux menuisiers (sauf le bois). Sans oublier les paysagistes, un important secteur.

«Nous travaillons aussi avec les particuliers, mais nous ne sommes pas un brico-shop, précise Didier Fivaz. A l’instar de ces enseignes, notre personnel maîtrise les produits de notre assortiment et oriente les clients. Ces conseils judicieux et leur disponibilité font que notre personnel est très apprécié. C’est un des points forts de notre société!»

Crise: l’activité se poursuit

A Boudevilliers, la crise sanitaire a accéléré le changement générationnel. «J’ai 75 ans et mon fils m’a dit, maintenant tu restes à la maison, explique son père Gilbert. Je me suis donc mis au télétravail et je venais le samedi, quand il n’y avait personne. Didier a très bien géré tout ça! Les crises ont ceci de bon qu’elles permettent de rebattre les cartes et de redistribuer les rôles. Je l’ai lu dans un best-seller économique sur les faillites et leurs conséquences.»

Quel soulagement de pouvoir poursuivre l’activité. «Nous avons mis en place des zones extérieures pour que nos clients qui attendaient dehors puissent s’approvisionner, car les chantiers sont restés ouverts dans le canton, raconte Didier Fivaz. Nous avons en revanche barré l’accès aux privés puisque la vente au détail était interdite partout. Les surfaces d’exposition ont été fermées, les ouvertures du samedi également. Enfin, nous avons créé deux équipes, l’une au front et l’autre en RHT pour parer à toute éventualité. Mais nous avons eu de la chance car jusqu’ici, personne n’a été contaminé. Seul un doute subsistait à propos d’une personne, finalement testée et négative.»

Des tunnels à la PME familiale

On sent chez Gilbert un père plein de considération pour la trajectoire de son fils, titulaire d’une maturité fédérale de l’Ecole supérieure de commerce de Neuchâtel (1987), puis d’un CFC de maçon. Et pour couronner le tout, d’un diplôme de conducteur de travaux obtenu en 1994 à l’Ecole technique de la construction à Fribourg. (Son) Didier s’est activé trois ans chez Marti-Berne sur le chantier de la Trans­jurane (N16). Puis avec le bureau d’ingénieurs FMN – aux côtés des tunneliers de la N5 à Neuchâtel. Cette expérience lui aura révélé l’envie de s’impliquer davantage dans l’entreprise familiale.

Les Fivaz à Boudevilliers, ce sont d’abord des maçons. Le grand-père René, maçon diplômé, s’était mis à son compte en 1947. Après un parcours par l’Ecole de Commerce, égale­ment titulaire d’un CFC de maçon, son fils Gilbert avait repris la PME en 1974. Non sans jouer la disruption! «J’ai été le premier à utiliser des briques en ciment venant de Pontarlier. Beaucoup désapprouvaient cet usage, qui s’est ensuite généralisé.» Gilbert est intarissable sur l’évolution du métier, des cycles et des déboires de la branche, des techniques et des matériaux: «Il y a cinquante ans, on n’utilisait que la brique enduite de crépi ou de plâtre. Puis, on est passé aux carreaux de plâtre. Et désormais, c’est le règne du ‹placo› et de la construction sèche dans laquelle on peut habiter le lendemain déjà.»

Survivre, se repenser

Quid la situation économique avant la crise sanitaire? «Cela fait des années que la concurrence s’est atroce­ment renforcée et cela se répercute par une pression continue vers le bas sur les prix», constate Gilbert, accoutumé aux grands coups d’accordéon: la crise horlogère des années septante, suivie par le boom de la construction dans les années quatre-vingt. Et par le cataclysme de l’éclatement d’une bulle immobilière qui, dans les années 1990, finit par emporter de grands acteurs de la construction, les Bosquet, Turuani, Pizzera et quelques autres. Plus tard, la retentissante faillite de la Freiburghaus SA (2003) l’a particulièrement affecté, car cette entreprise avait engagé certains de ses collaborateurs.

La précédente et ses leçons

Car c’est durant ces années 1990 que Fivaz SA entame sa réorientation. En 2000, Gilbert décide de cesser toute activité de maçonnerie et de vendre au plus offrant son inventaire (machines, véhicules, équipements). «En 1991-1992, les prix se sont effondrés, se rappelle l’entrepreneur. A 55 ans et pour survivre, je me suis alors lancé dans le commerce.» En 2013, Didier décide de rejoindre son père – après avoir bouclé les comptes sur son dernier tunnel. Les matériaux, justement, c’est le nerf des prochaines croissances. Et pas n’importe lesquels: «L’isolation, c’est le point fort de Didier.» Il réserve à ses clients quelques innovations: «Nous avons mis la main sur de nouveaux matériaux qui se révèlent encore plus faciles à utiliser et bien plus accessibles.» C’est l’occasion de placer une belle annonce dans la version électronique d’Arc Info – le quotidien neuchâtelois. «Tout est en train de bouger à la faveur de la lutte contre le changement climatique et pour minimiser les émissions de CO2.» Dans la construction, le climat et les affaires conservent certaines affinités.

Le sens des proportions

A côté de cela, bien sûr, Fivaz SA propose tout ce qu’il faut pour rendre un maçon heureux (professionnellement): briques, ciments, mortiers. Et pour le plâtrier, il y a les produits en placo-plâtre, des enduits, des crêpis. On y trouve aussi la fonte de voirie, des tuyaux enterrés (pour protéger les câbles électriques, la fibre optique) et un vaste choix d’aménagements extérieurs présentés dehors. A cet inventaire s’ajoutent quelques exclusivités, des supports réglables pour les dalles de jardin, des blocs en béton pour les soutène-ments de talus, par exemple.

L’envie à terme, c’est quoi? «Nous ne voulons pas devenir trois fois plus gros ou nous étendre, relève Didier Fivaz. Notre marché s’étend sur le Littoral neuchâtelois, dans le Val-de-Ruz, un peu dans le Haut (du canton, ndlr). C’est donc plutôt de nous adapter à nos clients et à l’évolution des produits en élargissant un peu l’offre en se démarquant.» Un vrai maçon garde toute sa vie le sens des proportions…

François Othenin-Girard

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