Publiziert am: 08.03.2019

Par amour des montagnes russes

pays de l’est – Leur spécialité, c’est la capacité à jouer sur plusieurs tableaux en adaptant les nouveautés et en diversifiant les risques. Les anciens pays du bloc communiste devraient connaître une croissance moyenne de 4% en 2019.

L’Europe de l’Est est une grande zone économique aux économies très contrastées. Ce qu’elles ont en commun, ce n’est pas seulement le passé communiste, mais aussi l’équilibre constant entre les Etats-Unis, l’UE, la Turquie et la Russie. Et plus récemment, également avec la Chine.

Cet équilibrage n’est cependant pas (seulement) une forme d’autoprotection. De nombreuses économies d’Europe de l’Est y puisent précisément de nouveaux potentiels. Les quatre grands pays d’Europe de l’Est membres de l’UE sont sur la voie d’une expansion économique sans entrave. La Slovaquie devrait enregistrer une croissance de son PIB d’environ 4% en 2019. La Pologne et la République tchèque et dans le même groupe, la Hongrie, devraient réaliser une progression de 3% environ.

Néophiles et productifs

Cet ensemble d’économies montrent quelque chose que la théorie baptise de manière un brin laborieuse «l’adoption de l’innovation». Ce terme décrit l’ouverture d’une économie à la nouveauté et la mise en œuvre de nouvelles activités économiques. Il peut s’agir de nouvelles technologies, de nouvelles idées d’affaires, voire même d’éducation. En général, l’adoption de l’innovation augmente la productivité de l’économie. Ce qui à son tour génère deux effets positifs. D’une part, l’économie croît de manière plus durable et, d’autre part, les salaires et les bénéfices des opérateurs économiques augmentent également.

Diversité et amour du risque

Concrètement: les économies où le taux d’adoption de l’innovation sont élevés profitent à tous. Cela se voit aussi dans les chiffres. En termes de niveaux de salaires, par exemple, ces économies rattrapent rapidement la moyenne de l’UE – et sont déjà en avance sur les moyennes du Portugal, de Malte et de Chypre. Cela dit, les pays des Balkans ainsi que la Bulgarie et la Roumanie enregistrent également de bonnes perspectives de croissance. Des taux de développement du PIB allant jusqu’à 5% sont attendus pour le premier groupe, et un peu moins de 4% pour la Roumanie et la Bulgarie en 2019.

La période écoulée (2018) montre que ces économies sont bien plus robustes qu’elles ne l’étaient déjà: tous les pays ont maîtrisé la crise turque. Et cela en dépit du fait que la Turquie est pour certains le tout premier partenaire commercial extérieur – parfois même devant l’UE.

Les pays d’Europe de l’Est – qu’ils soient ou non membres de l’UE – ont des économies très diversifiées. Ils ne dépendent pas d’une seule industrie ou d’un seul partenaire commercial.

Jouer sur plusieurs tableaux

Cette situation crée plusieurs opportunités en parallèle et contribue à réduire les risques. La Pologne est par exemple plus étroitement liée à la Chine que l’Allemagne.

La Bulgarie n’a aucun problème à être membre de l’UE et à avoir la Turquie comme principal partenaire commercial: lorsqu’elle a eu des problèmes économiques, l’économie bulgare a pu ouvrir des marchés en Russie (grâce à la médiation de l’Ukraine).

De nombreux pays d’Europe de l’Est allient politique nationaliste et pragmatisme dans le commerce extérieur. Nous l’avons vu cet automne avec la Pologne (JAM 11 2018, n.d.l.r.).

Quelle irrationalité?

Or c’est précisément sur ce point que les analystes identifient plusieurs dangers potentiels. La politique nationaliste peut facilement se transformer en protectionnisme et en activisme imprudent. Leur grand pragmatisme peut parfois se heurter à un manque de compréhension, en particulier de la part de l’UE mais aussi de la part des Etats-Unis.

Lorsqu’ils exercent des pressions, beaucoup pensent que les Etats d’Europe de l’Est peuvent réagir de manière «irrationnelle». Mais il y a aussi d’autres défis, comme l’endettement moyen élevé des ménages privés et les craintes d’inflation.

Donc dans l’ensemble, les perspectives sont positives – du moins pour ceux qui n’ont pas peur des montagnes russes politiques.

Henrique Schneider, usam