Publié le: 3 juin 2022

Potentiel d’économie de CO2

Biofuels Suisse – L’Association de l’industrie des biocarburants a fortement fait avancer le marché suisse du bioéthanol et du biodiesel. Actuellement, la révision de la loi sur le CO2 avec obligation de mélange ainsi que les combustibles liquides renouvelables sont au centre des préoccupations.

Les biocarburants sont produits en Suisse depuis plus de 15 ans. Actuellement, six installations de production de biodiesel sont en service et fabriquent un produit normalisé avec des huiles alimentaires usagées provenant de restaurants. «Par rapport aux installations européennes, les sites de production suisses restent modestes», explique Martin Joss, directeur de Biofuels. Il existe actuellement trois types de biocarburants en Suisse, qui sont tous fabriqués à partir de déchets et de résidus: biodiesel, bioéthanol et HVO encore appelé HEFA (Hydrotreated Esters and Fatty Acids).

«Nous nous opposons aux interdictions technologiques et aux avantages unilatéraux.»

«Les biocarburants sont l’instrument le plus important pour atteindre les objectifs de réduction de CO2 de la Suisse», détaille-t-il. On distingue plusieurs générations de biocarburants: la première présente des matières premières renouvelables, comme les oléagineux ou la canne à sucre, qui servent à la production de carburant. Dans la seconde, on trouve des déchets et des résidus de l’agriculture et de la sylviculture comme le bois ou les graisses animales et les huiles alimentaires usagées. Ceux-ci n’entrent en concurrence ni avec les denrées alimentaires ni avec les aliments pour animaux. Quant aux biocarburants de la troisième génération, ils sont encore en phase de développement, comme le biodiesel à base d’algues et les carburants synthétiques.

«Il est parfois difficile de distinguer clairement les trois générations, souligne Martin Joss. Ainsi, on parle souvent de la première génération et des biocarburants de la génération suivante – les fameux «Advanced Biofuels.»

Une réglementation stricte

Ces biocarburants d’avenir présentent le plus grand potentiel d’économie d’émissions de CO2 et ont le vent en poupe, estime ce directeur. Ainsi, avec la loi sur le CO2, les quantités ont augmenté fortement à partir de 2013. «Aujourd’hui, ils permettent de réduire environ 600 000 tonnes de CO2 par an. Les biocarburants sont mélangés au diesel et à l’essence. Le niveau d’incorporation est réglé par les normes relatives aux carburants». Selon la norme SN EN 590, 7 % de biodiesel peuvent être ajoutés au diesel et, selon la norme SN EN 228, 5 % de bioéthanol peuvent être ajoutés à l’essence. Le HVO est également mélangé au diesel, mais la proportion n’est limitée qu’indirectement par des paramètres normatifs comme la densité inférieure.

«Il est possible de produire des carburants et des combustibles quasiment neutres en termes de CO2

Au début, les biocarburants issus de matières premières renouvelables étaient encore présents sur le marché et encouragés par des allègements fiscaux. Le Parlement a toutefois décidé que seuls les déchets et les résidus devaient être ajoutés aux carburants fossiles.

En 2021, 3,1 milliards de litres de diesel et 2,8 milliards de litres d’essence ont été mis sur le marché. Le biodiesel et le HVO représentaient près de 5 % des ventes de diesel. La situation est similaire pour le bioéthanol: environ 3 % des ventes d’essence sans plomb 95 ont été couverts par le bioéthanol. «Nous estimons la part des biocarburants liquides à environ 4 % des ventes totales de diesel et d’essence en Suisse l’année dernière.»

Neutralité technologique

Au niveau politique, l’association s’engage pour que les énergies renouvelables soient mises sur un pied d’égalité. «Nous nous opposons aux interdictions technologiques et aux avantages unilatéraux, lance Martin Joss. Pour nous, il est clair que les énergies fossiles ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Les carburants et combustibles renouvelables permettent de réduire immédiatement le CO2 fossile avec l’infrastructure existante, sans perte de confort.»

Les chantiers actuels sont en outre la révision de la loi sur le CO2 ainsi que la mise en œuvre d’une motion visant à privilégier les carburants renouvelables dans le transport de marchandises pour la RPLP. La révision de la loi sur le CO2 prévoit une obligation de mélange. En contrepartie, les allègements fiscaux seront supprimés.

«Cette idée a de bonnes chances, car elle correspond en grande partie à celle des pays européens», estime Martin Joss. «Avec une obligation de mélange, la part de marché passe à environ 6 %. Les économies de CO2 augmenteraient ainsi de 50 % pour atteindre environ 900 000 tonnes de CO2 par an.»

Carburants synthétiques d’avenir

Les défis actuels sont la hausse des prix des matières premières due à la pandémie et à la guerre en Ukraine. «Les prix des biocarburants augmentent donc aussi fortement – entre autres parce que l’industrie aéronautique a découvert les biocarburants.»

Les carburants synthétiques et la technologie Power-to-X sont porteurs d’espoir pour l’avenir. Cette technologie existe depuis longtemps et de grands groupes énergétiques investissent dans le monde entier. Il s’agit souvent d’installations pilotes. Les carburants synthétiques sont toutefois très prometteurs: «Il est possible de produire des carburants et des combustibles quasiment neutres en termes de CO2 à partir d’énergies renouvelables et d’utiliser les infrastructures existantes. De plus, les carburants synthétiques sont faciles à stocker et à transporter».

Comme mentionné plus haut, l’industrie aéronautique est fortement intéressée par les Sustainable Aviation Fuels (SAF), le kérosène durable, et sera un grand moteur. L’association initie d’autres projets autour des combustibles biogènes en collaboration avec des distributeurs de mazout, des fabricants de chauffage et des ramoneurs. Une date importante dans l’agenda de l’association est le 9 novembre. Biofuels organisera alors sa 4e journée de la branche à Bubendorf. «Nous attendons à nouveau plus de 100 participants.»

L’ensemble de la branche des carburants et combustibles a un grand potentiel d’avenir, car elle s’efforce massivement, avec les initiatives pour les carburants et combustibles renouvelables, de mettre en œuvre l’une des mesures de protection du climat les plus importantes de Suisse. «Beaucoup de choses dépendent actuellement du message sur la révision de la loi sur le CO2, respectivement de l’obligation de mélange, qui permettra d’économiser davantage de CO2

Corinne Remund

coup de projecteur sur biofuels suisse

Réseautage et travail politique

Les débuts des biocarburants remontent à l’an 2000. On les présentait comme la panacée au problème des gaz à effet de serre dans les transports. Plusieurs petits producteurs se sont lancés dans la production de biodiesel à partir de colza et d’huile de cuisson usagée. Borregaard, une entreprise norvégienne, produisait alors encore en Suisse du bioéthanol à partir de déchets de bois. Ces producteurs se sont regroupés en août 2007 pour former l’association Biofuels Suisse. L’association représente les intérêts de l’industrie suisse des biocarburants et de ses membres. Elle définit et publie des normes, des directives, des bases de certification, participe à des consultations. Biofuels compte 88 membres regroupés en trois groupes: les producteurs et importateurs de biocarburants, les négociants en huiles minérales et les entreprises ayant un lien étroit avec le secteur (importateurs de camions, entreprises de transport et membres qui misent sur le biodiesel comme carburant). Une vingtaine de personnes travaillent chez les six producteurs suisses, environ 80 chez les importateurs, d’autres dans par les distributeurs de carburants et de combustibles. Le chiffre d’affaires annuel du secteur s’élève à environ 350 millions de francs par an. CR

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