Publié le: 5 février 2021

Une amitié soulève des montagnes

publication – Pour rendre hommage à sa grande amie, la peintre Francine Schwarzbourg, Nathalie Dufour réalise un bel ouvrage et fonde une association dont le but est de valoriser son œuvre et d’aider les jeunes artistes à se lancer à leur tour.

«Je suis debout et je marche!» Nathalie Dufour lutte avec énergie contre une maladie «orpheline» qui aurait pu l’emporter il y a déjà une décennie. Pour elle, c’est plus qu’une métaphore, c’est un mantra. Dirigeant avec son associée une entreprise de nettoyage comptant jusqu’à 70 personnes, elle décide de raccrocher après 25 ans d’activité et de se consacrer à la valorisation de l’œuvre de son amie Francine Schwarzbourg au décès de cette dernière.

Cette femme peintre qui enseigna les mathématiques quarante ans au Collège Pierre Viret à Lausanne a su semer son intelligence et sa sensibilité auprès d’une pléiade de jeunes lausannois qui, devenus adultes, se souviennent avec émotion de cette grande dame. Jacques Dubochet (prix Nobel), Olivier Mosset (artiste), Christian Coigny (photographe), ils ont essaimé parfois très loin. Ou entamé un voyage intérieur parfois libérateur: Nathalie Dufour décrit la première rencontre dans la cour de son école comme une «véritable reconnaissance spirituelle» (lire l’encadré). Elle parle d’un trait et partage avec nous cette belle histoire …

JAM: Comment l’amitié avec Francine Schwarzbourg s’est-elle nouée?

Nathalie Dufour: J’étais son élève à 14 ans et nous nous sommes liées d’amitié, elle m’a prise sous son aile. Plusieurs années se sont passées avant que nous entamions ensemble des voyages dans le monde entier. Francine, qui n’avait pas eu d’enfant, avait pour moi une sorte d’amour filial et une affection profonde et complice nous unissait.

Elle m’a ouvert à la culture en visitant avec moi les plus beaux musées du monde. Nous parlions de tout et sa culture était sans bornes, de la physique quantique à la psychanalyse en passant par la gastronomie et l’art sous toutes ses formes, que de passions et de connaissances. Dès les années 1990, en dépit d’une différence d’âge de quarante ans, nous sommes parties à San Francisco, Pékin, Taiwan … Les voyages se sont enchaînés. La visite des musées – du Prado au British Museum en passant par le Moma new-yorkais – y prenaient une place prépondérante.

Comment visitait-on un musée avec Francine Schwarzbourg?

Cela n’en finissait pas et nous regardions chaque salle, chaque tableau. Nous commencions par l’exposition, puis on enchaînait avec les collections permanentes. C’était impossible de la fatiguer, plus nous avancions, plus elle se ressourçait! Moi au contraire, au bout de deux heures déjà, j’avais envie de sortir!

«nous parlions de tout et sa culture était sans bornes.»

Quid de la découverte de cette œuvre posthume?

Elle avait fait de moi sa légataire universelle. Suite à son décès le 24 décembre 2016 – elle est partie toute seule dans les lumières de la fête – c’est en rangeant sa cave avec des amis que nous sommes tombés sur deux malles pleines de tableaux. Ces deux coffres étaient ceux que sa grand-maman avait utilisés pour fuir la Pologne durant la Première Guerre mondiale. En les ouvrant, nous avons découvert un trésor … Il y avait là des huiles, des fusains, des aquarelles, près de 130 œuvres …

Quelle fut votre première pensée à cet instant?

Je n’en revenais pas. Bien sûr, nous connaissions quelques-uns de ses tableaux qui étaient accrochés dans son salon, mais en voyant tout cela, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, trouver un moyen de sauvegarder les œuvres de Francine Schwarzbourg, de les exposer. Et de faire découvrir ce patrimoine.

Parlez-nous un peu des différentes étapes de cette valorisation?

Nous avons remonté les tableaux de la cave et les avons dépoussiérés et répertoriés. Et assez rapidement, en cherchant un lieu pour les exposer, nous avons compris qu’une monographie était nécessaire. Pour réaliser ce livre, nous avons pu compter sur l’expertise d’une historienne de l’art professionnelle et amie, Bettina Tschumi, qui a réalisé un inventaire et un descriptif des 130 tableaux. Un ami photographe professionnel et passionné d’art, Damien Cerruti, les a tous photographiés. Et les fameux graphistes lausannois Balmer Hählen ont eu un coup de cœur pour notre démarche et nous ont aidés.

Que contient le livre que vous avez publié à compte d’auteur?

Il présente le parcours de Francine Schwarzbourg, de sa famille, de la Pologne jusqu’en Suisse, en le situant sur un plan historique, ainsi qu’une interview qui replace notre rencontre. Et puis, il y a l’essentiel: le catalogue avec un choix d’œuvres élargi, accompagnées d’un commentaire scientifique.

«c’est en rangeant sa cave que nous sommes tombés sur deux malles pleines de tableau. je n’en revenais pas …»

Quelles seront vos axes d’action avec l’association?

L’idée, en plus de la valorisation de l’œuvre, serait de récolter des fonds afin d’aider de jeunes artistes à franchir le sentier parfois escarpé qui conduit aux expositions. En dépit des difficultés actuelles, un premier projet est né. Grâce à notre asso­ciation, Barbara Müller-Huber a eu l’occasion de suivre un cours de modelage et de créer trois paires de jambes en résine – modelées à l’image des siennes. Une exposition, dans laquelle le thème de la féminité est récurrent, aura lieu du 27 au 30 mai à L’Espace 52 à St-Sulpice.

Ce livre est le témoignage d’une amitié formidable, comment la définiriez-vous?

Cette amitié hors normes rompait avec le quotidien. Elle était basée sur le partage et les voyages. Une confiance absolue permettait d’avancer et la soif de curiosité nous était commune.

L’affection dont cette grande dame m’a entourée pendant des dizaines d’années m’a apporté un équilibre et m’a engagée sur le chemin de la spiritualité. Pour ma part, j’ai fait en sorte qu’elle vive jusqu’à la fin entourée de mes amis qui étaient également les siens.

Interview:

François Othenin-Girard

Ouverture

«Le chemin de ma spiritualité»

Avancer, partager, s’élever, aimer, se faire confiance: ce sont les verbes qui me viennent à l’esprit pour définir mon chemin vers ma spiritualité. Ce chemin, dans lequel je prends mon essence de vie, est celui de la confiance, non celle des autres, mais me faire confiance, ne pas avoir peur et ne pas douter.

Nous évoluons tous dans un milieu où la peur est omniprésente, on nous la rappelle sans cesse, surtout en ce moment. Se faire confiance, c’est traverser la vie en écoutant ses ressentis en les respectant. Il n’y a pas de mode d’emploi mais l’optimisme, la culture et la foi font partie de mon évolution.

Mon aspiration au bonheur doit égale­ment inclure celui de mes proches, j’espère pouvoir partager mon optimisme. En cas de doute: je m’évade, je voyage, je médite, j’écoute le cœur de la terre qui nous rappelle que nous sommes une infime partie de l’Univers et à partir de là, plus rien m’arrête, je suis aspirée par un trou noir qui m’oblige à me poser des questions sur l’évolution de nos âmes.

Le chemin est encore long mais je suis convaincue que nous sommes là pour traverser au mieux cette fabuleuse aventure qui est la vie.

Nathalie Dufour

Lecture

«La vie et l’œuvre peint de Francine Schwarzbourg». A commander sur le site:

www.francineschwarzbourg.com ou par e-mail à:

nathalie@association-fs.ch

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