Publié le: 5 mars 2021

«Une maladie dans nos têtes»

TÉMOIGNAGE – Pour Massimo Suter, restaurateur tessinois à Morcote et vice-président de GastroSuisse,la priorité est de retrouver un peu de visibilité. Le printemps est vital pour la branche au Tessin. Aux difficultés actuelles s’ajoute la reprise du tourisme d’achat en Italie.

Comment se sent actuellement, Massimo Suter, à la tête de son idyllique Ristorante della Torre, situé juste au bord du lac de Lugano à Morcote (TI)?

JAM: Est-ce de la colère, de l’abatte­ment qui anime les traits du vice-président de GastroSuisse?

Massimo Suter: La colère, nous l’avons dépassée maintenant. Nous sommes dans l’action et il nous faut aller de l’avant. En revanche, je ne sais pas où regarder. C’est très perturbant de ne pas savoir ce qui va se passer. Mais le pire de tout, c’est que cela rend toute tentative de planification impossible. Est-ce que je dois engager des gens pour la prochaine saison? Signe-t-on des contrats? Et les absurdités ne manquent pas: un crédit Covid qui ne permet pas d’investir, à quoi ça sert? Tout ceci est vraiment paradoxal …

«Il faut réfléchir à ce qui commence à ressembler à une maladie plutôt mentale.»

Que demandez-vous à Berne?

Dans la restauration, nous avons montré que nous étions capables de suivre les règles. Nous sommes maintenant prêts à repartir dans le strict respect des mesures. Mais il nous faut maintenant voir un peu de lumière dans ce tunnel. En bref, il faut un plan de sortie net. Que l’on sache si les feux sont rouges, jaunes ou verts! Et qu’on nous le dise!

Quel est l’état d’esprit des restaurateurs et de la population au Tessin?

Actuellement, beaucoup de gens vivent très mal cette situation. Les restaurateurs en ont marre de rester à la maison. Ils voient les autres secteurs qui travaillent – on est presque les seuls à être bouclés. Les centres-villes sont vides et cela montre à quoi nous servons!

Chez nous, c’est mi-mars que cela commence. Et ensuite il y a Pâques. C’est le tiers de la saison qui se joue. Tout le monde est impliqué là-dedans, les fournisseurs, tout le microcosme. Or nous avons besoin de savoir ce qui va se passer. A la limite, je préférerais qu’Alain Berset nous dise qu’il faut fermer. Au moins nous saurions à quoi nous en tenir.

Mais aussi, cette maladie se trouve dans nos têtes, ce n’est pas qu’une question de «fric». Il faut réfléchir à ce qui commence à ressembler à une maladie plutôt mentale.

L’aide, comment ça marche jusqu’ici?

Pour les cas de rigueur, nous avons des règles faciles, contrairement à d’autres cantons. C’est 40 jours de fermeture. On touche 10% sur la moyenne du chiffre d’affaires annuel de 2018-2019. Sauf que si nous restons fermés un mois de plus, les aides seront nettement moins efficaces. Cela dit, nous avons de bons contacts avec les responsables de l’économie et le gouvernement tessinois. Mais maintenant, il faut que les aides arrivent rapidement et de manière pragmatique. Il y a encore bien des choses à améliorer, au niveau des APG notamment. Nous devons surtout éviter de manger nos fonds propres.

Le tourisme d’achat reprend. Cela vous inquiète?

Bon, les gens doivent faire le test pour passer la frontière italienne et cela coûte 80 francs. Mais oui, bien sûr, je les vois aller faire leurs achats, en profiter pour rencontrer des amis, dire bonjour à leur copine et enfin aller au restaurant. Ces derniers sont ouverts jusqu’à 18 heures mais on sent que l’autorisation de 22 heures se prépare.

Avec tout le respect et la compréhension que j’ai pour mes collègues restaurateurs italiens, qui ont subi d’immenses dégâts – ouverture, fermeture, réouverture et refermeture se sont succédé à un rythme démentiel – je dois quand même ajouter que les taux de propagation en Lombardie sont supérieurs à ceux du Tessin. Du coup, si les passages de frontières dans les deux sens se multiplient, cela risque d’empirer des deux côtés. C’est incompréhensible!

Avez-vous tous vos collabo­rateurs? Quel est le problème des RHT actuellement?

J’ai sept collaborateurs et j’ai réussi à les garder jusqu’ici. Nous sommes très attachés à nos employés. En même temps, nos ressources ne sont pas illimitées. Par ailleurs, et c’est valable pour toute la région, comment voulez-vous chercher du personnel dans la situation actuelle? Avec le désastre mental et économique que nous vivons, nous n’avons aucune marge de manœuvre.

Ensuite, un point plus général. Je rappelle que les RHT sont prévues au départ justement pour éviter de mettre les gens au chômage. Car tout le monde le sait, le chômage nous coûte moins cher, ce serait plus facile de licencier. Vous voyez à quel point c’est aussi un sacré problème social.

Cette crise aura montré que la résolution d’un problème en amène d’autres, plus graves encore et que nous aurions dû choisir des façons de faire plus logiques et plus pratiques.

François Othenin-Girard

Comment se sent actuellement, Massimo Suter, à la tête de son idyllique Ristorante della Torre, situé juste au bord du lac de Lugano à Morcote (TI)?

JAM: Est-ce de la colère, de l’abatte­ment qui anime les traits du vice-président de GastroSuisse?

Massimo Suter: La colère, nous l’avons dépassée maintenant. Nous sommes dans l’action et il nous faut aller de l’avant. En revanche, je ne sais pas où regarder. C’est très perturbant de ne pas savoir ce qui va se passer. Mais le pire de tout, c’est que cela rend toute tentative de planification impossible. Est-ce que je dois engager des gens pour la prochaine saison? Signe-t-on des contrats? Et les absurdités ne manquent pas: un crédit Covid qui ne permet pas d’investir, à quoi ça sert? Tout ceci est vraiment paradoxal …

«Il faut réfléchir à ce qui commence à ressembler à une maladie plutôt mentale.»

Que demandez-vous à Berne?

Dans la restauration, nous avons montré que nous étions capables de suivre les règles. Nous sommes maintenant prêts à repartir dans le strict respect des mesures. Mais il nous faut maintenant voir un peu de lumière dans ce tunnel. En bref, il faut un plan de sortie net. Que l’on sache si les feux sont rouges, jaunes ou verts! Et qu’on nous le dise!

Quel est l’état d’esprit des restaurateurs et de la population au Tessin?

Actuellement, beaucoup de gens vivent très mal cette situation. Les restaurateurs en ont marre de rester à la maison. Ils voient les autres secteurs qui travaillent – on est presque les seuls à être bouclés. Les centres-villes sont vides et cela montre à quoi nous servons!

Chez nous, c’est mi-mars que cela commence. Et ensuite il y a Pâques. C’est le tiers de la saison qui se joue. Tout le monde est impliqué là-dedans, les fournisseurs, tout le microcosme. Or nous avons besoin de savoir ce qui va se passer. A la limite, je préférerais qu’Alain Berset nous dise qu’il faut fermer. Au moins nous saurions à quoi nous en tenir.

Mais aussi, cette maladie se trouve dans nos têtes, ce n’est pas qu’une question de «fric». Il faut réfléchir à ce qui commence à ressembler à une maladie plutôt mentale.

L’aide, comment ça marche jusqu’ici?

Pour les cas de rigueur, nous avons des règles faciles, contrairement à d’autres cantons. C’est 40 jours de fermeture. On touche 10% sur la moyenne du chiffre d’affaires annuel de 2018-2019. Sauf que si nous restons fermés un mois de plus, les aides seront nettement moins efficaces. Cela dit, nous avons de bons contacts avec les responsables de l’économie et le gouvernement tessinois. Mais maintenant, il faut que les aides arrivent rapidement et de manière pragmatique. Il y a encore bien des choses à améliorer, au niveau des APG notamment. Nous devons surtout éviter de manger nos fonds propres.

Le tourisme d’achat reprend. Cela vous inquiète?

Bon, les gens doivent faire le test pour passer la frontière italienne et cela coûte 80 francs. Mais oui, bien sûr, je les vois aller faire leurs achats, en profiter pour rencontrer des amis, dire bonjour à leur copine et enfin aller au restaurant. Ces derniers sont ouverts jusqu’à 18 heures mais on sent que l’autorisation de 22 heures se prépare.

Avec tout le respect et la compréhension que j’ai pour mes collègues restaurateurs italiens, qui ont subi d’immenses dégâts – ouverture, fermeture, réouverture et refermeture se sont succédé à un rythme démentiel – je dois quand même ajouter que les taux de propagation en Lombardie sont supérieurs à ceux du Tessin. Du coup, si les passages de frontières dans les deux sens se multiplient, cela risque d’empirer des deux côtés. C’est incompréhensible!

Avez-vous tous vos collabo­rateurs? Quel est le problème des RHT actuellement?

J’ai sept collaborateurs et j’ai réussi à les garder jusqu’ici. Nous sommes très attachés à nos employés. En même temps, nos ressources ne sont pas illimitées. Par ailleurs, et c’est valable pour toute la région, comment voulez-vous chercher du personnel dans la situation actuelle? Avec le désastre mental et économique que nous vivons, nous n’avons aucune marge de manœuvre.

Ensuite, un point plus général. Je rappelle que les RHT sont prévues au départ justement pour éviter de mettre les gens au chômage. Car tout le monde le sait, le chômage nous coûte moins cher, ce serait plus facile de licencier. Vous voyez à quel point c’est aussi un sacré problème social.

Cette crise aura montré que la résolution d’un problème en amène d’autres, plus graves encore et que nous aurions dû choisir des façons de faire plus logiques et plus pratiques.

François Othenin-Girard

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