Publié le: 14 août 2026

La spirale descendante est lancée

SWISSNESS – Le changement de pratique de l’Institut fédéral de la propriété intellec­tuelle concernant la croix suisse a déjàdes premières conséquences concrètes pour la place industrielle suisse: le fabricant de chaussures Kybun délocalise une partie de sa production en Italie. D’autres entreprises pourraient suivre. Les PME suisses sont inquiètes et l’usam lance une pétition.

Jusqu’à présent, la croix suisse ne pouvait être utilisée que pour les produits répondant aux exigences légales en matière de «Swissness». Des mentions comme «Swiss Design» ou «Swiss Engineering» étaient autorisées, mais la croix suisse ne pouvait pas être utilisée lorsque la production avait lieu à l’étranger.

En mars 2026, l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI) a modifié cette pratique. Depuis, la croix suisse peut aussi être utilisée pour des mentions comme «Swiss Design» ou «Swiss Engineering», même si la fabrication est entièrement réalisée à l’étranger. Ce changement de pratique porte préjudice aux PME suisses qui produisent en Suisse.

Suite à cette décision, on assiste désormais à un premier cas marquant de délocalisation partielle hors de Suisse: «La conséquence est amère, mais logique d’un point de vue économique: nous avons décidé de délocaliser une partie de la production de chaussures de Sennwald à Montebelluna, en Italie», a déclaré Claudio Minder, P.-D.G. de la marque de chaussures Kybun, lors d’une conférence de presse de l’usam.

Environ 40 emplois dans la vallée du Rhin sont concernés. «Nous ne voulons pas mourir en héros, alors que d’autres voient les règles interprétées à leur avantage», a lancé le fabricant de chaussures. Une solution de remplacement doit être trouvée pour les employés au sein de l’usine suisse restante. L’entreprise produit environ 400’000 paires de chaussures par an, dont environ 100’000 à Sennwald. Elle emploie environ 250 personnes, dont plus de la moitié en Suisse, et réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’étranger.

«Ne pas affaiblir davantagela croix suisse»

Kybun n’est sans doute pas le seul site de production suisse à en tirer les conséquences. D’autres entreprises devraient suivre. Toutefois, la plupart des PME suisses ne peuvent pas délocaliser aussi facilement leur site de production à l’étranger. Celles qui continuent à produire en Suisse se sentent désavantagées. Le changement de pratique de l’IPI pose également des problèmes dans le secteur B2B. C’est ce qu’a souligné Silvan Lämmle, vice-président de l’Association de l’industrie suisse des lubrifiants, lors de la conférence de presse. «50 à 80% de nos clients font confiance au label Swiss Made. Or, si des croix suisses sont apposées sur des produits fabriqués à l’étranger, cela sape la confiance des clients dans les produits suisses», a expliqué le propriétaire et PDG de Laemmle Oil and Chemicals AG. Cette entreprise familiale fabrique des lubrifiants et des produits chimiques de nettoyage sur deux sites de l’Oberland zurichois et emploie environ 150 personnes.

Philipp Bosshard, président de l’Union Suisse de l’Industrie des Vernis et Peintures (USVP), a rappelé l’importance d’une protection rigoureuse du label «Swissness». «Le label Swissness ne fonctionne que tant que son symbole reste crédible. C’est pourquoi nous ne devons pas continuer à diluer la signification de la croix suisse, mais la protéger», a expliqué cet entrepreneur familial.

«Les incitations à la délocalistion devraient s’intensifier»

Pour Sven Reinecke, professeur de marketing à l’Université de Saint-Gall, cette nouvelle pratique affaiblit le caractère exclusif de la croix suisse et la position des entreprises qui produisent réellement en Suisse. «Elle réduit le coût du renoncement à une production suisse et devrait renforcer les incitations à la délocalisation.»

Fabio Regazzi, président de l’usam et conseiller aux États, ainsi que Daniela Schneeberger, conseillère nationale et vice-présidente de l’usam, ont déposé des interventions parlementaires pour annuler cette mesure inappropriée. «Il y a urgence», a lancé le Tessinois, lors de la conférence de presse. L’usam bénéficie du soutien de sa base, les entreprises artisanales, mais aussi de celui d’une large partie de l’opinion publique: selon les sondages, le changement de pratique de l’IPI est rejeté par une nette majorité (lire ci-dessous). La faîtière des PME intensifie la pression et lance même une pétition. «C’est un mauvais signal que d’encourager indirectement les entreprises à délocaliser, lance l’entrepreneur. Nous attendons au contraire du Conseil fédéral qu’il allège la charge pesant sur la place industrielle suisse.»

«Mauvaise réponse»

Pour Urs Furrer, directeur de l’usam, une chose est claire: «Ce changement de pratique est, à l’heure actuelle, exactement la mauvaise réponse. Les défis posés par la force du franc, les barrières douanières et la concurrence internationale sont bien réels. Les entreprises et la population attendent des responsables politiques des solutions qui renforcent la production suisse – et non qui diluent la croix suisse, affaiblissent la place industrielle suisse et mettent en péril un savoir-faire acquis au fil des générations.» sgv/sgz/JAM

» Conférence de presse «La croix suisse s’égare? La nouvelle pratique de l’IPI sous la loupe» 11 août 2026

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