Le secteur suisse de la sécurité présente une grande diversité et va depuis longtemps bien au-delà de la simple surveillance classique. Il s’étend des petites entreprises actives au niveau régional aux grands prestataires de services de sécurité proposant une offre à l’échelle nationale. Son éventail comprend la sécurité événementielle, les services de circulation, de contrôle et de maintien de l’ordre, ainsi que les services centraux et les transports sécurisés, la protection des personnes et des biens, les enquêtes, ainsi que le conseil et la planification en matière de sécurité.
Parallèlement, le secteur est en pleine mutation. Les prestations deviennent plus spécialisées et plus technologiques. L’humain et la technologie collaborent de plus en plus: la robotique, les drones de surveillance, la défense contre les drones, l’intelligence artificielle et la cybersécurité gagnent en importance. «L’humain reste toutefois toujours au cœur des prestations», estime Pascal Cattilaz, directeur de l’Association des entreprises de services de sécurité (AESS).
Deux partenaires, une mission
Les missions des services de sécurité privés et de la police sont clairement délimitées. «Le monopole de la force appartient indéniablement à l’État», rappelle-t-il. Les entreprises de sécurité privées assument des missions de protection, de prévention et de sécurité, mais ne se substituent pas à la police. Elles complètent et soulagent les forces de sécurité publique, notamment lors d’événements, dans le cadre de la protection des sites ou lors d’interventions de grande envergure.
Cela apparaît clairement notamment lors des grands événements. Qu’il s’agisse du WEF, du sommet du G7, de la Street Parade, de festivals ou de grands événements sportifs: les services de sécurité privés et la police collaborent étroitement. «La collaboration entre la sécurité privée et la sécurité publique revêt une importance capitale tout au long de la chaîne de valeur», ajoute notre interlocuteur.
Un travail reste à faire sur les différentes règlementations cantonales. La diversité des exigences en matière d’autorisation, de contrôle et de qualité complique le travail des entreprises qui exercent leurs activités au-delà des frontières cantonales.
L’association milite donc en faveur de «normes uniformes à l’échelle nationale, axées sur la qualité et vérifiables». Malgré son importance, le secteur de la sécurité privée n’est aujourd’hui pas un acteur direct au sein du Réseau de sécurité suisse, avec lequel elle entretient toutefois des liens étroits en participant à des groupes de travail sur divers thèmes.
Éviter la guerre des tarifs
À long terme, l’association aspire à y jouer un rôle plus actif. «Notre objectif est de devenir un membre actif de ce réseau, car nous sommes convaincus que la sécurité privée peut apporter une contribution essentielle.» L’un des principaux défis réside dans la pression croissante sur les prix. «La sécurité ne doit pas se définir par le prix le plus bas», lance-t-il. Le dumping compromet la formation, les conditions de travail et, en fin de compte, la qualité des prestations.
À cela s’ajoute la pénurie de main-d’œuvre: le secteur n’est pas en mesure de proposer de formation au niveau secondaire II – par exemple avec l’AFP, le CFC ou la maturité professionnelle. «Il manque une formation professionnelle suffisamment large au sein du secteur», indique Pascal Cattilaz. Au niveau tertiaire, l’examen professionnel supérieur constitue certes un diplôme reconnu, mais les diplômés sont ensuite également sollicités en tant qu’experts en sécurité dans d’autres secteurs.
L’image du secteur reste un défi. «Certains incidents négatifs marquent parfois davantage la perception du public que le travail quotidien des nombreuses entreprises sérieuses et des agents de sécurité bien formés», explique ce directeur. Parallèlement, beaucoup de gens ne se rendent guère compte à quel point le champ d’activité est désormais vaste et exigeant. L’AESS souhaite donc mieux mettre en lumière les personnes, les compétences et les responsabilités qui se cachent derrière les services de sécurité. «Bon nombre de ces prestations sont fournies quotidiennement sans que le grand public n’en ait conscience.»
Soutien par la technologie
L’intelligence artificielle, les drones et les robots transforment aussi le secteur de la sécurité privée. L’IA est capable d’analyser des images vidéo, de hiérarchiser les alarmes et de traiter les informations plus rapidement. Les agents de sécurité gagnent ainsi du temps pour se consacrer à des tâches où le jugement humain reste déterminant: évaluer les situations, communiquer, désamorcer les tensions et assumer leurs responsabilités.
«L’IA ne remplace donc pas le travail professionnel de sécurité, mais constitue un outil qui peut le rendre plus précis et plus efficace», explique Pascal Cattilaz. Les drones et les robots sont déjà utilisés aujourd’hui et devraient, à l’avenir, compléter encore davantage le travail humain.
De plus, les exigences imposées aux collaborateurs évoluent: les compétences numériques et techniques gagnent en importance. Les nouvelles technologies offrent la possibilité d’identifier plus tôt les risques et de soulager les collaborateurs de manière ciblée – y compris dans le cadre de la formation. Enfin, il faut tenir compte des cyberattaques, des violations de la protection des données et des pannes de système. «La technologie peut renforcer l’être humain, mais elle ne doit pas le décharger de ses responsabilités.»
Viser la qualité en se formant
La sécurité professionnelle commence par des collaborateurs bien formés. Plus les tâches deviennent exigeantes, plus les connaissances spécialisées, l’expérience pratique et la formation continue sont importantes. La convention collective de travail pour la sécurité (CCT-Sécurité) définit la formation de base minimale. L’AESS organise les examens professionnels fédéraux et développe, par l’intermédiaire de sa commission de formation, du matériel pédagogique axé sur la pratique ainsi que des offres de formation initiale et continue.
«Il faut poursuivre résolument dans cette voie et la compléter là où cela s’avère nécessaire», déclare ce directeur. En effet, le potentiel d’avenir du secteur est considérable. La sécurité est un besoin fondamental qui ne cessera de gagner en importance dans un monde de plus en plus complexe.
La numérisation, l’intelligence artificielle et les nouvelles menaces marqueront le secteur de leur empreinte. Parallèlement, notre interlocuteur y voit une opportunité de mieux mettre en avant l’importance de la sécurité privée. «Dans notre pays comme ailleurs, la société n’a pas encore bien pris conscience de la valeur que représente la sécurité.»
Corinne Remund
www.vssu.org/fr